Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du jeudi 19 septembre 2002
Éducation

L'enseignement catholique craint que la décentralisation ne soumette les établissements aux aléas des changements de majorité politique dans les collectivités locales

L'enseignement catholique, qui scolarise près de deux millions d'élèves en France, craint que le mouvement de décentralisation qui s'annonce dans l'éducation ne renforce encore les inégalités financières existant déjà entre les établissements, annonce l’AFP. La décentralisation sera l'un des thèmes prioritaires abordé par la Direction de l'enseignement catholique et le ministère de l'Education nationale, dans le premier groupe de travail permanent qui vient d'être constitué entre les deux institutions, a déclaré mercredi Paul Malartre, secrétaire général de l'enseignement catholique, lors de sa conférence de presse de rentrée. "La décentralisation a, depuis quelques années, eu pour effet second de creuser les disparités d'une région à l'autre" et de faire émerger un "enseignement catholique à plusieurs vitesses", a ajouté M. Malartre. "Nous ne voulons pas qu'elle contribue à creuser un peu plus les disparités financières et que les établissements soient soumis aux aléas des changements de majorité politique dans les collectivités locales", a-t-il affirmé. En guise d'exemple, M. Malartre a cité les "écarts très importants" entre écoles selon qu'elles reçoivent ou non des "forfaits communaux" pour couvrir une partie de leurs frais de fonctionnement. Associés à l'Etat par contrat et remplissant une mission de service public en accueillant tous types d'élèves sans sélection, les établissements catholiques "ne comprennent pas pourquoi" certaines municipalités, rares, préfèrent attendre d'être condamnées par le tribunal administratif pour verser les forfaits communaux. Les écarts sont considérables, avec une fourchette comprise entre zéro et 1 200 euros par élève et par an selon les communes, pour une moyenne qui se situerait entre 300 et 450 euros, alors que les frais réels d'un élève par an sont évalués aux alentours de 1 000 euros, selon M. Malartre. "Nous espérons que, dans le cadre de la décentralisation, il puisse y avoir une réflexion sur l'intercommunalité et souhaitons également conserver une part de l'Etat pour les forfaits, car elle est garantie de parité et d'équité", a-t-il dit. Les problèmes financiers de l'enseignement catholique, dont les enseignants sont payés par l'Etat, portent sur plusieurs domaines : l'entretien du patrimoine immobilier avec la mise aux normes de sécurité des bâtiments, l'équipement en informatique, le financement du suivi psychologique des élèves et celui de la réouverture des internats, encouragée par l'Education nationale. Sur un plan plus social, les enseignants du privé ne bénéficient pas de la même retraite que dans le public, ce qui pèse sur les établissements appelés à verser le différentiel. L'enseignement catholique "a besoin d'un certain nombre de moyens pour apporter sa contribution originale au service éducatif français" et maintenir son rôle de tête chercheuse, de pionnier, si possible audacieux", a exprimé M. Malartre sans donner d'estimation précise sur l'ampleur des besoins. Néanmoins, il a évoqué les dérives qui le menacent si rien n'évolue : la privatisation, c'est-à-dire que les établissements s'appuieraient uniquement sur les parents pour se financer, ce qui les transformerait de facto en "clients", ou le repli identitaire sur les seules familles catholiques, qui mettrait fin à sa mission de service public. Mais il a aussi cité "l'indifférenciation", c'est-à-dire la dilution de son identité par un alignement complet sur l'Education nationale.

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